Trop peu trop tard

On parle beaucoup ces jours-ci des augmentations d’impôt que les libéraux imposent aux propriétaires de petites entreprises et aux oublis éthiques du ministre des Finances, Bill Morneau, mais je veux aussi faire le point, pour les habitants de Provencher, sur la question des traversées illégales de la frontière. Malheureusement, neuf mois après le début de la crise, bien peu a changé.

Depuis janvier dernier, plus de 15 000 personnes sont entrées clandestinement au Canada. J’ai réclamé à plusieurs reprises au premier ministre Justin Trudeau et au ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, de trouver une solution à cette tendance alarmante. En neuf mois, voici ce qu’ils ont fait :

1. Ils ont demandé aux Américains de placer des pancartes, de leur côté de la frontière, pour informer les personnes qui veulent immigrer illégalement au Canada que ce qu’ils se préparent à faire est illégal. « Ils examinent ce qu’ils peuvent faire pour communiquer », a dit le ministre Goodale.
2. Afin que les autorités canadiennes puissent au moins se préparer, ils ont prié le département de la Sécurité intérieure des États-Unis d’informer le Canada avant d’annoncer des politiques qui pourraient faire bondir le nombre des traversées clandestines.
3. Ils ont demandé aux responsables américains de revoir le processus de délivrance des documents de voyage puisque, dans de nombreux cas, ces papiers sont remis à des personnes qui n’ont nullement l’intention de rester aux États-Unis, et « qui s’en servent pour entrer aux États-Unis puis filer droit sur la frontière canadienne ».

Ces mesures sont très loin d’être suffisantes. Au lieu de créer un cadre adéquat pour les personnes qui veulent immigrer au Canada légalement, les libéraux ont construit des camps et des ponts temporaires pour aider les gens à enfreindre les lois du Canada. Ils sont capables de verser des prestations d’aide sociale aux migrants illégaux en quelques jours, mais ils ne sont pas aussi pressés quand il s’agit de trouver des solutions pour protéger l’intégrité de nos frontières.

Après neuf mois d’inaction, ce ne sont pas des pancartes qui vont régler le problème, d’autant plus que Justin Trudeau brandit lui aussi une pancarte depuis des mois : on y lit « Venez au Canada ».

Les mesures 2 et 3 ci-dessus sont de bonnes idées, mais elles arrivent tellement tard qu’elles sont pratiquement inutiles maintenant.

Pourtant, le bon sens nous montre qu’il existe des solutions, à commencer par celle-ci : simplement renvoyer aux États-Unis les migrants qui partent de ce pays pour entrer illégalement au Canada. Nous savons qu’ils ne seront pas exposés à la violence, à la persécution ou à la guerre aux États-Unis, et qu’ils ne répondent donc pas à la définition de réfugié. L’entente bilatérale conclue entre le Canada et les Américains, l’Entente sur les tiers pays sûrs, nous permettrait parfaitement de prendre cette mesure. Autre possibilité, nous pourrions agir pour dissuader les migrants potentiels de venir au Canada illégalement. S’ils savaient que leur entrée clandestine risque en fait de nuire à leurs chances de rester au Canada, ils n’enfreindraient pas la loi. Enfin, les programmes d’aide et les autres prestations doivent être là pour les Canadiens et les vrais immigrants et réfugiés, mais nous ne devons pas nous précipiter à les ouvrir aux migrants qui entrent au Canada illégalement, si nous voulons réduire le nombre des traversées clandestines.