La dette : un problème d’ordre moral (troisième partie) : Suivre où va l’argent

Tous les hommes du président, un classique de 1976, relate l’enquête menée par le Washington Post sur le scandale du Watergate qui allait entraîner la chute du président américain Richard Nixon. Dans une scène marquante du film, une source conseille aux journalistes de « suivre où va l’argent ». Ils découvrent alors un réseau de caisses occultes, de pots de vin et de corruption remontant jusqu’au sommet du pouvoir.

Dans la mise à jour économique de l’automne, la ministre des Finances Chrystia Freeland a annoncé un déficit sans précédent de 381 milliards de dollars – auquel pourraient s’ajouter 100 milliards de dollars de dépenses pour stimuler l’économie après la pandémie de COVID 19. Le gouvernement libéral ne cache pas les chiffres globaux, mais il n’est absolument pas transparent lorsqu’il s’agit de mentionner où, précisément, va l’argent.

En décembre dernier, lors d’une entrevue, Kevin Page, ancien directeur parlementaire du budget – qui dirige maintenant l’Institut des finances publiques et de la démocratie à l’Université d’Ottawa –, a déclaré que la mise à jour économique des libéraux lui donnait le vertige.

« C’est impossible à lire. J’ai des années d’expérience et je n’arrive pas à suivre où va l’argent. »

M. Page a renchéri, qualifiant le manque d’information et de transparence de « corrosif ».

« J’espère que ce n’est pas délibéré, car si des gens déclarent publiquement qu’on ne peut suivre où va l’argent, le lien de confiance est rompu », affirme M. Page.

Au cours des derniers mois, CBC News a mené une enquête approfondie sur les dépenses du gouvernement pendant les huit premiers mois de la pandémie. En dépit de la multitude d’embûches, de réponses évasives et de documents caviardés, ils ont établi que le gouvernement avait dépensé approximativement 241 milliards de dollars.

Les libéraux – et les contribuables canadiens – se retrouvent donc avec un problème. Même en tenant compte du déficit (approximatif) de 20 milliards de dollars accumulé par les libéraux en 2019, c’est tout de même 120 milliards de dollars sur le déficit dont on a perdu la trace.

Où l’argent est il allé?

Je peux comprendre qu’il fallait distribuer rapidement l’argent pour aider les Canadiens en difficulté, mais il reste que les libéraux ont systématiquement négligé de mettre en place les mesures nécessaires pour protéger les contribuables canadiens de la fraude et des abus. Les personnes qui traitent les demandes se sont fait dire d’ignorer les signaux d’alarme et de verser l’argent les yeux fermés.

Résultat : lors de la première vague, quelque cinq millions de Canadiens ont perdu leur emploi ou travaillé moins d’heures, mais près de neuf millions de personnes ont reçu la Prestation canadienne d’urgence.

C’est suffisant pour nous faire réfléchir, mais les problèmes ne se limitent pas à un manque de surveillance.

Nous connaissons tous le scandale impliquant l’organisme UNIS, où le gouvernement libéral a octroyé un contrat de 912 millions de dollars à une organisation qui avait versé des honoraires de centaines de milliers de dollars à des membres de la famille Trudeau pour participer à leurs événements.

Les libéraux ont accordé un contrat de 84 millions de dollars à l’entreprise pour laquelle travaille Rob Silver, le mari de la chef de cabinet de Trudeau, Katie Telford.

Ils ont aussi attribué un contrat de 237 millions de dollars (soit 100 millions de plus que le prix courant) à une toute nouvelle entreprise appartenant à l’ancien député libéral Frank Baylis pour fabriquer des ventilateurs non homologués par Santé Canada.

La liste des scandales, comme les dépenses, ne cesse de s’allonger.

Ce n’est pas Justin Trudeau ni les libéraux qui épongeront leurs déficits et le coût de ces scandales. C’est vous, vos enfants et vos petits enfants.

La semaine prochaine, alors que se conclut cette série d’articles, je vous montrerai à combien s’élèvera la facture.